MYTHOLOGIES

MYTHOLOGIES

La fée Melusine.

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Mélusine est une créature primordiale de l'origine et de l'autre monde representant les 3 élements  eau ( poisson ) terre (serpent) air (oiseau) quand ceux ci n'étaient qu'un

 

Melusine est femme légendaire du Poitou, d'Alsace, de Lorraine, de Champagne, du Luxembourg et d'Allemagne souvent vue comme fée, et issue des contes populaires et chevaleresques du Moyen Âge. Très ancienne, elle est pour les mythologues la « mater lucina » qui est l’épithète ou le synonyme poétique de Junon romaine qui présidait aux naissances, ou une divinité celte, protectrice de la Font-de-Sé (fontaine de la soif). Il pourrait également s’agir de la Lyké des Grecs, de la Mélugina des Ligures ou de la Milouziena des Scythes, dont le peuple serait issu d’Héraclès et d’Échidna, elle-même a une queue de serpent et des ailes de chauve-souris. Les Scythes dits « Taïfales » auraient en effet pris pied avec l’armée romaine dans le Poitou où ils auraient fondé la ville de Tiffauges. Pour les Gaulois, elle serait plutôt une sorte de Parque du nom de Mélicine (la tisseuse), d’où le thème de la destinée, très présent dans le mythe de Mélusine.

L'une des évocations les plus anciennes de la figure de Mélusine nous vient de Walter Map (né aux alentours de 1140; † entre 1208 et 1210). Dans son livre De nugis curialium, on trouve aux côtés de contes d'origine celtique un dit nommé Henno cum dentibus (Henno à la dent)1 qui rapporte la rencontre d'Henno avec Mélusine qui devient son épouse. La mère de Henno surprend le secret de Mélusine qui se transforme en dragon quand elle se baigne.

 

Étymologie

Mélusine signifie « merveille » ou « brouillard de la mer ». Pour les Lusignan, on l’appelle « Mère Lusigne » (la mère des Lusignans), fondatrice de leur lignée. Dans le dictionnaire Littré, elle est appelée « Merlusigne », ce qui pourrait faire penser à une connotation aquatique.

Émile Verhaeren a créé une poésie, Le chant de l’eau, où son nom apparaît. Certains lui donnent une origine bretonne insulaire : en breton son nom devient Melizenn et se traduit par « La Mielleuse » ; le nom de sa mère, Persina, trouve sa racine bretonne dans le mot Berz ou Berziñ signifiant selon le contexte avertissement, interdit, férié, prohibition, injonction, mise en garde, ce qui correspond bien à son rôle face à son époux. Le nom de sa sœur Melior pourrait venir de Meler en breton, « le fabricant de miel », mais Miliour en breton signifie aussi « La Flatteuse ». Pour sa sœur Palestine, on pourrait faire un rapprochement avec Bac’h C’hestenn, Bac'h signifiant « cellule » et la mutation de Kestenn, signifiant « la ruche » en breton. Peut-être à rapprocher du fait qu’elle demeure prisonnière de la montagne telle une nymphe d’abeille dans l’alvéole de la ruche. Cependant, Bac'h Laez Tenn est plus proche de son rôle dans l’histoire ; Bac’h signifiant aussi « séquestre » et Laez Tenn signifiant « la hauteur difficile», sous-entendu, à gravir.

Le nom de la colline de Brumblerio tire aussi son nom du breton et s'approche de la colline appelée Bryn y Briallu, connue aujourd'hui sous le nom de Primrose Hill et qui signifie La colline aux Primevères. De même, la colline d’Elénos vient du nom de la colline d’Elenydd (prononcé Éléneuze) située dans le Cambrien au Pays de Galles et qui s'étend de la zone de collines de Plynlimon dans le nord (au sud de Machynlleth et à l'est de Aberystwyth) vers les collines du nord Carmarthenshire et du Sud-Est Ceredigion. Quant au mont Canigou on peut le retrouver au Gwynedd, Pays de Galles dans la montagne de Carnguwch qui culmine à 359 mètres sur le territoire de la commune de Pistyll. Son sommet est constitué d'un important cairn de l'Âge du bronze, de 6 mètres de haut et 30 mètres de diamètre, appelé dans la région Maiden's breast ou le sein de la vierge. Le château en Arménie s'expliquerait par la proximité à l'oral avec « Ar mynydd » (prononcé ar ménéz) en gallois, signifiant « sur la montagne ».

La fontaine de Cé se dit ffynnon syched en gallois ou fetan sec'hed en breton, signifiant fontaine de la soif. À noter que Cé correspondrait plus oralement à sych ou sec'h signifiant sec et donc fontaine sèche.

 

Les origines antiques de Mélusine

Une référence a une femme serpent est donné par Hérodote :

« Héraclès serait arrivé dans la région qu'on appelle l'Hylaia ; là, il aurait trouvé dans un antre une jeune fille serpent formée de deux natures ; les parties supérieures de son corps, à partir des hanches, étaient d'une femme ; les parties inférieures, d'un reptile. Il la regarda avec étonnement ; puis il lui demanda si elle n'avait pas vu quelque part des cavales vagabondes. Elle répondit que c'était elle-même qui les avait et qu'elle ne les lui rendrait pas avant qu'il se fût uni à elle ; et Héraclès se serait uni à elle pour ce prix. »

— Hérodote, Histoire, Livre 4, Chapitre IX Histoire : Livre quatrième - Melpomène


Une autre référence : Mélusine aurait pris pied, avec des Scythes (les Taïfales) et avec l'armée romaine, dans le Poitou, région de naissance du mythe. Et ils ont même donné leur nom à la ville de Tiffauges, dont la fée construisit le château…

 

Mélusine, un mythe du Moyen Âge

 

Princesse d'Albanie

Au royaume d'Albanie, ancêtre du comté d'Albany, le roi Elinas chassait dans la forêt et rencontra, près d'une fontaine, une magnifique jeune femme qu'il salua bien humblement. À son souhait de la prendre pour épouse, celle-ci accepta en lui demandant de jurer à ne jamais chercher à la voir au temps de ses couches. La fée Persine (ou Presine) épousa Elinas et ils eurent trois filles, toutes aussi belles que leur mère. L'aînée s'appelait Mélusine, la deuxième Mélior et la dernière Palestine. Mataquas, fils du premier lit d'Elinas, jaloux du bonheur de sa belle-mère, poussa son père dans la chambre où Persine baignait ses filles. Celle-ci s'exila avec ses trois filles au sud, sur l'île magique d'Avalon, où elles montaient chaque matin sur la colline d'Elénos, la montagne fleurie, d'où elles pouvaient apercevoir la lointaine Albanie. La fée Persine leur dit qu'elles y étaient nées et que la fausseté de leur père les avait réduites à une misère sans fin. Chaque fois elle répétait son malheur, si bien que Mélusine, poussa ses sœurs à enfermer leur père en la merveilleuse montagne de Northumberland, appelée Brumblerio, d'où il ne sortirait plus jamais. Leur mère s'en montra fort courroucée, et condamna Mélusine à devenir serpent au-dessous du nombril chaque samedi. Si toutefois elle trouvait un homme qui veuille l'épouser, à la condition de ne jamais la voir le samedi, elle vivrait le cours naturel d'une vie de femme et mourrait naturellement, enfantant une très noble et très grande lignée qui accomplirait de belles et hautes prouesses. Mais si jamais elle se séparait de son mari, elle retournerait, sans fin, au tourment d'auparavant. Mélior fut condamnée à garder un épervier merveilleux dans un château en Arménie. Quant à Palestine, elle fut enfermée, avec un lutin, dans le mont Canigou et dut garder le trésor de son père jusqu'à ce qu'un preux chevalier la délivrât.


La maison de Lusignan, Légende de Raymondin

 

Mélusine erre dans les forêts et les bocages, puis traverse l'Atlantique et arrive en Poitou. Raymond ou Raymondin (en poitevin) de Lusignan, neveu du comte Aymar de Poitiers et fils du comte de Forez, tue accidentellement son oncle en forçant un sanglier féroce. Aveuglé par la douleur et pourchassé pour meurtre, il chevauche dans la forêt de Coulombiers en Poitou (aujourd'hui située dans le département de la Vienne (département)) et, à minuit, rencontre à la fontaine de Soif (ou « fontaine faée », ou « font-de-Cé », ou « Soif-Jolie », ou « font-de-Sef ») trois femmes dont Mélusine.

Elle le réconforte et lui propose de l'aider, de le faire innocenter, et de faire de lui un très puissant seigneur, à condition de l'épouser. De plus, elle lui fait jurer de ne jamais chercher à la voir le samedi. En gage, elle lui offre deux verges d'or qui « ont moult grande vertu ». Heureux, ils s'épousent en grande noblesse et font des Lusignan l'une des plus grandes familles de France. Elle enfante 10 fils, tous beaux et bien bâtis à quelques détails près, qui deviennent tous grands et puissants. La noble et glorieuse lignée prédite par Persine est ainsi fondée :

  • Urien, l'aîné, devient roi de Chypre, bien qu'il ait le visage court et large, un œil rouge et un autre vert et qu'il ait les plus grandes oreilles qu'un enfant puisse avoir.
  • Eudes a une oreille plus grande que l'autre.
  • Guyon a un œil plus haut que l'autre, il devient roi d'Arménie.
  • Antoine porte sur la joue une griffe (ou une patte) de lion, il devient duc de Luxembourg.
  • Renaud n'a qu'un seul œil, il devient roi de Bohême.
  • Geoffroy naît avec une défense de sanglier qui fait saillie hors de sa bouche ; (Rabelais en fera l'ancêtre de Pantagruel),
  • Fromont, qui devient moine à Maillezais, a sur le nez une petite tache velue.
  • Horrible, incroyablement grand, (?) a trois yeux et n'a pas encore 4 ans que sa férocité lui fait tuer deux de ses nourrices.
  • Thierry et Raymonnet (dit aussi Raymondin), eux, sont normaux.

Une bâtisseuse


Pendant que Raymondin parcourt la Bretagne, Mélusine se fait bâtisseuse. La légende veut que Mélusine soit à l'origine de la construction de nombreux bâtiments médiévaux poitevins et lorrains. En Lorraine, elle est à l'origine du château ou palais mythique de la colline du Felsberg de Saint-Avold qu'elle confia à un prince de sa parenté pour protéger les habitants de la vallée de la Rosselle et qu'elle détruisit car il ne tenait pas ses engagements4.

Elle fonde les villes de Parthenay, Tiffauges, Talmont, édifie les murailles de La Rochelle et fait construire nombre d'églises (comme celle de Saint-Paul-en-Gâtine ou de Clussais-la-Pommeraie) et d'abbayes. « Quelques dornées de pierres et une goulée d'Ève » lui étaient nécessaires à l'élévation des plus imposantes forteresses. Si quelqu'un la surprenait dans son ouvrage, qui avait lieu généralement la nuit, elle cessait immédiatement ses travaux. C'est ainsi qu'il manque une fenêtre à Ménigoute, la dernière pierre de la flèche de Niort et de l'église de Parthenay.


Comme il lui avait promis, Raymondin ne la vit jamais le samedi, mais son frère, le comte de Forez, jaloux de la puissance de son cadet, médit alors que sa femme fornique avec un autre tous les samedis. À ces mots, Raymondin est furieux et se précipite à la porte interdite, regardant par la serrure la pièce, en s'aidant d'une dague grâce à laquelle il réussit à percer un petit trou. Il voit sa femme dans une cuve de 15 pieds de tour, en haut du nombril femme se peignant les cheveux, en dessous du nombril serpent. À partir de là, deux versions existent. Dans l'une, Raymondin s'exclame : « Je viens mon amour de vous trahir à cause de la fourbe exhortation de mon frère », ou bien il ne dit rien et tente de garder le secret de sa trahison. Mais un jour, que son fils Geoffroy est accusé d'avoir détruit l'abbaye de Maillezais et d'avoir tué son frère Fromont par accident, Raymondin s'emporte en jetant la responsabilité du comportement étrange de son fils sur Mélusine. Il la traite en public de « Très fausse serpente... ». Ces deux versions ont la même fin : Mélusine se jette alors par une fenêtre aussi légèrement que si elle avait eu des ailes en poussant un cri de désespoir. Jean d'Arras précise que parfois, la nuit, elle vient caresser ses enfants devant les nourrices qui n'osent rien dire. C'est elle qui annonce la mort de Raymondin, devenu ermite à Montserrat. En réponse à la prophétie de Persine, la fée serpent se montre et se lamente à chaque fois que les biens des Lusignan changent de propriétaires ou qu'un membre de cette maison va mourir.

 

Le Livre de Mélusine de Jean d'Arras

Le Livre de Mélusine de Jean d'Arras (1392) a fait l'objet d'adaptations en français moderne

Dans cette version, le père de Mélusine est roi d'Écosse et non d'Albanie. Lorsque Raymondin rencontre la fée Mélusine, ce jeune homme vient de causer accidentellement la mort de son oncle, le comte de Poitiers, au cours d'une chasse au sanglier. Fou de douleur, il part au galop, se laissant conduire par son cheval. À minuit, il arrive près d'une source que l'on appelle la Fontaine Enchantée. Trois dames se baignent dans la fontaine mais il passe sans les voir, au galop de son cheval. La plus belle des trois saisit alors la bride du cheval et l'arrête en lui demandant les raisons de son incorrection, et surprend Raymondin en révélant qu'elle connait son nom ainsi que l'accusation dont il est l'objet. Elle lui promet de faire de lui le plus grand seigneur qui soit s'il l'épouse mais ne cherche jamais à la voir le samedi. Raymondin épouse la dame mystérieuse et, grâce à elle, peut devenir seigneur de Lusignan, près de Poitiers. Il respecte sa promesse de ne pas chercher à voir Mélusine le samedi jusqu’au jour où son frère vient lui rendre visite… Un samedi, Raymondin et Mélusine sont à Mervent. Raymondin, fidèle a sa promesse, n'a jamais cherché à la voir : d'ailleurs il ne peut pas imaginer qu'elle puisse faire quelque chose de mal.

Or, un peu avant le déjeuner, on vient lui dire que son frère, le comte de Forez, est arrivé pour lui rendre visite. Il organise un accueil merveilleux pour son frère. Puis il part à sa rencontre et lui souhaite gaiement la bienvenue. Ils vont à la messe, puis entrent dans la salle principale du château où ils se mettent à table. Son frère ne peut s'empêcher de lui demander où est sa femme, et précise que le bruit court partout que sa femme se cache tous les samedis pour mal faire. À ces mots, Raymondin, fou de colère, repousse la table loin de lui, entre dans sa chambre, prend son épée, la met à sa ceinture et court à l'endroit où il sait bien que Mélusine se cache tous les samedis. Là, il trouve une solide porte de fer, très épaisse. Jamais auparavant il n'avait osé avancer jusque-là. Aussi, voyant la porte, il dégaine son épée et, avec la pointe très dure, il creuse jusqu'à faire un trou.

Il regarde alors à l’intérieur et voit Mélusine dans un grand bassin de marbre, avec des escaliers qui descendent jusqu'au fond. C'est un bassin rond de quinze mètres de tour environ avec des allées tout autour. "Il vit Mélusine dans le bassin. Jusqu'au nombril elle avait l'apparence d'une femme et elle peignait ses cheveux ; à partir du nombril elle avait une énorme queue de serpent, grosse comme un tonneau pour mettre les harengs, terriblement longue, avec laquelle elle battait l’eau qu'elle faisait gicler jusqu'à la voûte de la salle." (Jean d'Arras, trad. M. Perret, op. cit.)


Quand il voit cela, Raymondin s'attriste d'avoir trahi son secret sur les mauvais conseils de son frère, et d'avoir manqué à la parole qu'il avait donnée. Un immense chagrin l'envahit aussitôt. Il court à sa chambre, prend un morceau de cire et bouche le trou qu'il a fait dans la porte. Puis il va dans la grande salle où il retrouve son frère. Celui-ci voit bien cet immense chagrin qui accable Raymondin et pense qu’il vient de découvrir une action abominable de sa femme. Raymondin le chasse. Mais Raymondin ayant trahi sa promesse, Mélusine se voit obligée de reprendre son apparence de dragon et elle s'envole par une fenêtre en poussant des cris déchirants. Et elle réapparaîtra ainsi chaque fois que l'un de ses descendants sera près de mourir.

Selon la légende, la fée Mélusine aurait construit en une nuit le château de Lusignan (86) à l'époque sur les terres du comte de Poitiers. Elle obtient pour son mari Raymondin le lopin de terres que pourra délimiter une peau de cerf. Rusée, elle fait découper la peau de cerf en fines lanières et obtient auprès d'un comte de Poitiers le domaine de Lusignan où a été construit sans doute le plus grand château-fort de France.

 

Dame de la noblesse

L'hypothétique existence de Mélusine comme dame du Moyen Âge fut revendiquée par de nombreuses familles, autres que les Lusignan. On en trouve des traces dans les seigneuries bas-poitevines (vendéennes), le long de la Loire, et en Gironde. En Belgique également, Mélusine se fait présente en tant que protectrice de la maison de Gavre. De nombreux lieux et châteaux du Poitou historique se rattachent à la présence de Mélusine comme dame locale, notamment à Mervent, Vouvant, Saint-Maixent, Talmont ou encore Parthenay. Certains écrivains soutiennent l'appartenance du personnage de Mélusine à une véritable identité dont l'histoire aurait été romancée. Des historiens y voient la reine Sibylle de Jérusalem, en rapport avec une certaine Mélusine de Hierges. D'autres, comme Michelet, y voient Aliénor d'Aquitaine. Le prince Raymondin est parfois apparenté à Hugues VII de Lusignan, dont la femme sarasine ramenée des croisades, habillée de voiles comme une fée et prenant de long bains de vapeur bouillants préfigure bien Mélusine . Les comtes de Toulouse et les Plantagenêts disent aussi descendre de Mélusine, tout comme la famille de Saint-Gelais, dont l'un des descendants, poète du xvie siècle, portait le prénom de Mellin, en hommage aux revendications de sa famille.

 

Une image universelle

 

Nombreux sont les lieux qui font référence à la légende de Mélusine. Beaucoup de lieux dont le nom vient de lux (lumière en latin) ont un lien avec Mélusine. On trouve ainsi Lucé, Lucy, Lusigny, Lusignan, Lézignan, Luzy, Leucate, Lausanne, Luxeuil comme lieux pouvant se rattacher à l'histoire de Mélusine. La ville de Melun, en Brie, peut également être originaire de la légende. Dans d'autres châteaux ou forêts, Mélusine apparaît sous d'autres noms et l'histoire diffère quelque peu. Au Luxembourg notamment, la légende de Mélusine se fait très présente et diffère peu de l'histoire originale. Elle est appelée Marluzuzenne en Hainaut, Merluisaine en Champagne, Mélusine dans la Drôme, Mélusanette dans les monts de la Madeleine, indique Pierre Gordon dans son essai « Les Vierges Noires, Mélusine, l’origine des contes de fées ». Elle est dite Malorcine, ou Mélorcine dans certains contes de terroir, par rapport à « orc » qui veut dire « ogre ». L’Ogresse mythique dévore le postulant au cours d’une initiation dans l’antre de la vouivre pour le « recracher » ensuite une fois la transformation accomplie, comme le fut Jonas après trois jours passés dans le ventre de la baleine. D’autres fois, elle est dite « Méloursine », ce qui évoque la Grande Ourse, la Polaire, impliquant qu’elle guide vers la lumière. Mais elle est dite également Mélousine, or le mot « oues » désignait jadis l’Oie. Il y avait jadis à Paris, une « rue aux Oues », déformée ensuite en « rue aux Ours ». Cette fois elle présente la facette de la « Mère Loi », gardienne de la Loi Cosmique.

 

À Gratot, en Cotentin, elle se nomme Andaine, et prie le seigneur d'Argouges, alors sire de Gratot de ne jamais prononcer le mot « mort ». Malheureusement, lors d'une fête où la fée tarde à se préparer, son époux s'exclame : « Madame, seriez-vous bonne à aller quérir la mort ? » À ces mots, la fée se précipite du haut de la tour qui porte aujourd'hui son nom.

À Sassenage, tout près de Grenoble, elle est sirène et vit dans des grottes (les « Cuves de Sassenage » qui sont une des sept merveilles du Dauphiné) depuis que son mari l'a surprise au bain, un samedi alors qu'elle subissait sa malédiction (être mi-femme mi-poisson un jour par semaine) ; elle ne peut alors reprendre sa forme de femme et reste prisonnière de la grotte, se faisant de temps en temps entendre dans les « cuves » et annonçant, dit-on, trois jours avant, la mort de ses descendants, les Béranger (famille dont le château est proche de l'entrée des « Cuves »). Ses larmes se sont transformées en petits galets « magiques » qui soignaient les troubles ophtalmiques (« pierres ophtalmiques de Sassenage » ou « larmes de Mélusine »).

Dans toutes les traditions, nous avons des femmes et des hommes à queue de serpent : Erechtée le défenseur d’Athènes ; Eros parfois représenté ainsi ; de même l’Isis-Thermoutis des terres cuites du Caire et la déesse égyptienne des moissons Renenoutet, suivant l’exemple de Nuilil, déesse de l’agriculture et de la civilisation des Sumériens ; Nommo le dieu des Dogons du Mali, à une forme anguipède, comme parfois Gargantua ; les nâginis du Népal et de l’Inde…

La christianisation diabolise sa queue de serpent et sa métamorphose en dragon volant. Parallèlement, le catholicisme lui substitue le culte de sainte Venice représentée, surtout sur les vitraux des églises normandes, se baignant habillée, dans un baquet, mais sans queue de serpent !

Henri Dontenville la situe bien comme rattachée à la terre par sa queue de serpent, comme chtonienne et non comme les sirènes à queue de poisson, rattachées, elles, à la mer : « Mélusine (…) est chtonienne, elle n’appartient pas au peuple de la mer, elle sort des entrailles de la terre comme vouivres et dragons ».

Selon Julien d'Huy, Mélusine appartiendrait au type mythique de la ménagère mystérieuse. Dans de tels récits, "une femme-animal apparaît mystérieusement et s'occupe en cachette du foyer d'un homme célibataire ; celui-ci la prend comme conjointe ; le rappel de l'une des caractéristiques animales de la femme conduit à la fuite de cette dernière." En s'appuyant sur des groupes de transformation similaires en Europe et en Amérique du Nord, transformation incluant Mélusine, l'auteur fait remonter les origines de ce récit à la préhistoire européenne.

Les récits mythiques présentant une trame narrative similaire à l'histoire de Mélusine sont d'ailleurs dits « mélusiniens ». Laurence Harf-Lancner a résumé ainsi ce schéma narratif universel : « un être surnaturel s'éprend d'un être humain, le suit dans le monde des mortels et l'épouse en lui imposant le respect d'un interdit. Il regagne l'autre monde après la transgression du pacte, laissant une descendance. » Lorsqu'au contraire, c'est l'être humain qui quitte son monde pour celui de la féerie, on parle de récit morganien.

 


LE PERSONNAGE DE MÉLUSINE

 

L'histoire de Mélusine s'appuie sur un thème universel : celui du mortel qui se lie avec un être féerique. Il s'en trouve comblé, à la seule condition d'en ignorer, ou du moins de n'en pas révéler le caractère extra-ordinaire. Mélusine fait partie de ces êtres à mi-chemin entre l'humanité et le surnaturel, qui semblent avoir besoin de la participation de l'homme pour pouvoir exister réellement et agir dans le monde.

Il presse son oeil contre le trou, regarde à l'intérieur, impatient
de connaître le secret. Mais il ne le saura que trop tôt, et n'en
tirera que chagrin. Il regarde et découvre Mélusine au bain : il la
voit, jusquà la taille, blanche comme la neige sur la branche,
bien faite et gracieuse, le visage frais et lisse. Certes on ne vit
jamais plus belle femme. Mais son corps se termine par une
queue de serpent, énorme et horrible.

 

Coudrette, Roman de Mélusine, trad. L. Harf-Lancner

Son personnage peut dans un premier temps être interprété à l'aune de l'histoire : une famille, les Lusignan, se découvre, s'invente une ascendance féerique. Comme ce fut le cas des Plantagenêt, et de même que César prétendait descendre d'Enée et donc de Vénus. La parenté des noms plaidait en ce sens : "Mélusine" pourrait être lu comme "mère des Lusignan", et le nom des Lusignan a pu être écrit "Luzignem", ce qui en ferait l'anagramme de "Mélusigne", autre désignation possible pour la fée.

Quant à savoir qui a donné son nom à qui : la fée aux Lusignan (ou au château), ou bien la famille à sa fondatrice supposée ... Pourquoi pas la providentielle rencontre entre deux noms, qui aurait suscité un rapprochement ?

Le mythe, en dernier lieu, s'affirme comme la conjonction de multiples éléments parmi lesquels il est impossible de désigner celui qui a été déterminant : la famille des Lusignan et les circonstances historiques, le nom lui-même de Mélusine, et trois grands thèmes (pour ne citer qu'eux) qui irriguent la littérature médiévale (explorée par C. Lecouteux) et les traditions populaires :
- la rencontre et l'union providentielles, sources de prospérité et de bonheur, d'un humain et d'un personnage féerique, venu de l'autre monde.
- l'être hybride entre deux natures, caractérisé par un signe physiologique, situé le plus souvent dans la partie inférieure du corps.
- l'inévitable transgression d'un interdit, qui prive le héros de tous les bienfaits dont il a pu bénéficier.

La revendication d'une ascendance féerique par une famille peut paraître pour le moins ambiguë au Moyen Age : c'est en quelque sorte se ranger du côté du Diable, et l'on raconte que Richard Coeur-de-Lion s'en vantait : " Du diable nous venons et au diable nous retournons ". Mais c'est également une façon de se distinguer, de se situer hors du lot, au-dessus - ou au-dessous, peu importe - de la vulgaire condition humaine. Un peu comme pour Don Quichotte, une façon de vivre l'Aventure. Et Jacques Le Goff note qu'il s'agit d'un milieu de petite ou moyenne aristocratie, ambitieux et désireux justement de se faire un nom : " Mélusine apporte à la classe chevaleresque terres, châteaux, villes, lignage. Elle est l'incarnation symbolique et magique de leur ambition sociale. " Notre siècle n'a pas oublié que, dans de telles circonstances, certaines compromissions ne sont pas toujours à rejeter ... Au demeurant, la famille des Lusignan, qui a connu ses heures de gloire, connaît le déclin à la fin du XIIIème siècle, ce dont pourrait rendre compte son ascendance douteuse.

Mélusine, de son côté, désire partager l'humaine condition, devenir, selon les mots de Jehan d'Arras, une "femme naturelle", une chrétienne possédant une âme susceptible d'être sauvée : en même temps l'attrait du fini et la promesse de la vie éternelle, alors que l'immortalité féerique devient lourde à supporter. C. Lecouteux souligne le renversement qui s'est opéré dans la thématique mélusinienne : l'homme attendait autrefois de la divinité qui s'unissait à lui richesse et immortalité, et tel était le propos des hiérogamies sacrées entre le roi et un être surnaturel. Avec le christianisme, c'est désormais l'être féerique qui a besoin de l'homme pour exister, gagner une âme et ainsi pouvoir espérer le salut : " L'homme devient égal sinon supérieur aux divinités de la basse mythologie. " On devine aussi que cette "humanisation" est une étape nécessaire. Selon Jean Markale, " tout se passe comme si la femme divine ne pouvait rien mettre en oeuvre sans le bras d'un mortel. Isolée, la déesse équivaut au néant. " Dans toutes les traditions, ce passage d'un mode d'être à un autre, cette transformation ontologique se fait par l'absorption de nourriture (le sacrement de communion répond à la même logique). C'est par la consommation du mariage que les fées mélusiniennes l'accomplissent. C'est aussi symboliquement près d'une fontaine, par-delà l'eau, que ce passage s'opère.

La richesse du personnage de Mélusine réside dans son ambiguïté : simultanément fée et femme, humaine et serpente, chrétienne et diabolique, mère et amante, bâtisseuse et destructrice, bénéfique et maléfique ... Elle reste, par-delà l'extinction des croyances, l'antique divinité déchue, que l'on n'a pourtant jamais vraiment cessé de révérer : la toute-puissante Nature, celle qui a comblé les hommes de ses dons. Elle forme, avec ses deux soeurs, ou bien avec les deux demoiselles en compagnie desquelles elle se manifeste à la fontaine, une triade sacrée qui en rappelle bien d'autres, à commencer par la représentation des trois déesses-mères de la statuaire gallo-romaine : une en trois personnes. Bernard Sergent y reconnaît d'ailleurs les trois fonctions duméziliennes : savoir, pouvoir et avoir - la connaissance, la puissance et l'abondance. Et ces trois fonctions, sacerdotale, guerrière et nourricière, seraient respectivement représentées par MélusineMélior et Palestine.

Mélusine est la déesse qui s'est faite femme : la Déesse-Mère primordiale qui entre dans l'histoire humaine, avant de redisparaître dans les cieux, faute d'avoir été acceptée par les hommes. Et l'on est tenté à ce sujet d'évoquer le début de l'Evangile de Jean : " La lumière vit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue ... Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l'a point connue. Elle est venue chez les siens, et les siens ne l'ont point reçue. " Mais Mélusine représente-t-elle pour autant la Lumière ? Ne vient-elle pas au contraire des profondeurs de l'Enfer ? Malgré la possible référence de son nom à la lumière, lux, elle reste, selon les mots de Jean Markale, un "être de la nuit", qu'elle continue à hanter, ressurgissant, au dire des traditions populaires, au fond des puits ou dans les souterrains. Une déesse lunaire, qui s'active la nuit au clair de lune.

Henri Dontenville en fait la parèdre de Gargantua, et de fait G.E. Pillard, explorant les sites mélusiniens, trouve souvent associées les deux grandes figures de la mythologie française. Il s'agit certes d'une hypothèse séduisante. Mais est-elle justifiée ? Va-t-elle au-delà d'une considération d'ordre général : Gargantua est le grand Dieu, Mélusine est la Déesse-Mère ? Mais ils restent à ce niveau sans nom ni particularité, et l'argument perd alors de son intérêt. Les deux personnages pourraient aussi bien appartenir à deux univers mythologiques distincts, comme ils relèvent au Moyen Age de deux classes sociales distinctes : l'aristocratie pour Mélusine, et les paysans pour Gargantua. Tout au plus a-t-on pu suggérer une relation de filiation entreMélusine, la Grande Déesse de l'ancienne société matriarcale, " le dernier avatar d'une grande déesse primordiale qui se serait maintenue dans quelques coins de France ", et Gargantua, le nouveau dieu. A moins que Mélusine, en provenance de contrées lointaines, n'ait trouvé place parmi des croyances où régnait déjà Gargantua ... Louis Charpentier, quant à lui, en fait une Lugina, une "mère Lugine", une parèdre du dieu Lug.

Mélusine reste la divinité inaccessible, qui ne doit et ne peut être vue en tant que telle, mais uniquement au travers de ses manifestations, de son hominisation. La divinité qui ne peut être révélée aux non-initiés. La divinité des mystères, à la fois déesse de vie et déesse de mort, qui donne accès à la connaissance suprême. C'est une façon de comprendre le double interdit qui frappe Raimondin : ne pas la voir telle qu'elle est le samedi, dans sa véritable nature. Et surtout, puisqu'il est personnellement prêt à accepter cette vérité, ne pas la divulguer aux profanes : le mystère implique le sacré, le secret.

Le portail de l'église de Parthenay-le-Vieux 
s'orne d'une frise qui semble représenter 
une femme plongée dans un cuveau : 
pouquoi pas Mélusine ?

Claude Gaignebet rapproche cet interdit de celui qui touche habituellement les cycles menstruels, et il comprend les ébats de Mélusine comme des bains périodiques de purification : il s'agit de " l'image de la femme lors de son bain menstruel, alors qu'elle est venimeuse ". Et l'on se retrouve ainsi dans le contexte des célébrations des premiers jours de février : la Purification de la Vierge, et sainte Véronique, patronne des lavandières, assimilée à la femme que Jésus guérit d'un flux de sang, auxquelles il faut ajouter sainteBrigitte et sainte Agathe, qui favorisent la lactation (fêtées respectivement les 2, 3, 1er et 5 février).

Mélusine est de toute façon une divinité des eaux souterraines, de ces flux qui sourdent de la terre et que hantent vouivres et serpents : c'est au bord d'une fontaine qu'elle apparaît d'abord à Raimondin, elle s'arrange pour que le domaine de Lusignan enclose une source, et il lui faut chaque semaine retourner, au pied d'une tour, dans son élément aquatique : un bain de régénérescence (et non de pénitence), pour elle et, à travers elle, pour Raimondin. Mircea Eliade ne notait-il pas que " le contact avec l'eau implique toujours la régénération, l'immersion fertilise et augmente le potentiel de vie et de création " ?

C'est encore une déesse topique, liée à un lieu, qui confère l'appartenance de la terre. Elle définit le domaine de Lusignan, et elle le défriche autour de la fontaine dont elle semble être le génie tutélaire. Elle en confie la charge à Raimondin et à ses héritiers : " Vous devez porter le nom de votre terre ", comme le lui fait dire Claude Louis-Combet. Et elle prodigue richesse et abondance, elle nourrit la terre. Ce que pourrait bien représenter le thème, fréquent en pays poitevin, de la femme têtée par deux serpents.

Octogone de Montmorillon, dans le Poitou.

Le thème de
la femme allaitant des serpents,
est souvent interprété
comme une image de la luxure.
Il pourrait aussi évoquer
une "Mélusine" terre-mère..

Henri Fromage revient sur l'ambiguïté du personnage et en fait volontiers une colombe : celle qui s'envole, mais aussi un serpent dont on voit l'ancien nom "coulobre" dévier entre "couleuvre" et "colombe". Et il souligne que la forêt de Coulombiers, où se noue le destin de Mélusine, représente, avec d'autres sites, d'anciens Columbarium, des "lieux de culte de la femme-serpent".

Jean Markale enfin n'hésite pas à faire de ce personnage si féminin le type même de l'être androgyne et à considérer sa queue de serpent comme un phallus. Et il voit dans Mélusineun symbole toujours d'actualité, en même temps qu'un support de méditation métaphysique : elle incarne l'androgyne primordial, l'Homme tel que Dieu l'a initialement créé, " à son image. A l'image de Dieu Il le créa. Homme et femme Il les créa. ".

 

LES SITES LIÉS À MÉLUSINE

 

C'est évidemment dans le Poitou que se concentrent les lieux mélusiniens. On retrouve cependant ce personnage dans d'autres régions, éventuellement sous un autre nom.

dans l'Allier (03) :
- une apparition de Mélusine est signalée à Beaulon.

dans l'Aube (10) :
- Méleusine apparaît la nuit dans les ruines des tours Sainte-Parize, à 
Chacenay. On dit qu'il s'agirait de Méleusine de Broye qui, au Moyen Age, aurait profité de l'absence de son mari, parti en guerre, pour s'y faire aménager un vaste réservoir afin de s'y baigner, initiative qu'elle n'a pas fini d'expier.
- on note un château de la Merlusaine à Piney.

dans les Bouches-du-Rhône (13) :
- c'est à Rousset que Gervais de Tilbury situe une légende mélusinienne.

dans la Charente-Maritime (17) :
- les dolmens d'Ardillières, de La Jarne, de Clavette et de la Pierre Fouquerie sont tombées de la dorne de Mélusine, surprise par le lever du jour alors qu'elle emportait des pierres de Châtelaillon à l'abbaye de Maillezais.
- Mélusine, déguisée en pauvresse une nuit de tempête, se voit refuser l'hospitalité dans l'ancienne ville de Châtelaillon. Elle maudit la ville à laquelle elle enlève une pierre chaque nuit, et qui sera engloutie. 
- c'est la Vierge (autrement dit Mélusine ?) qui a laissé tomber les dolmens de Montguyon et de La Vallée.
- les fortifications et la ville de La Rochelle sont dues à Mélusine. La tour Saint-Nicolas, sur le port, était autrefois appelée Tour de Mélusine.
- Mélusine construit le château et la ville de Pons. Une légende évoque une anguille, logeant au fond d'un puits, qui fait tinter une clochette qu'elle porte au cou pour annoncer la mort du seigneur local. 
- Mélusine est à l'origine de la ville de Saintes. Elle en bâtit le château et le pont, et l'on interprète la figure d'une sirène sur un chapiteau de l'église Saint-Eutrope comme étant son image..
- on relève un lieu-dit "Mélusine" au Thou.

dans la Côte-d'Or (21) :
- Mélusine est supposée habiter au fond de puits, à Salmaise et à Ménétrieux-le-Pitois, et on menace les enfants peu sages de les y jeter.
- la fée Louise hante le département.

Mélusine au bain
à Saint-Sulpice de Fougères.Telle une sirène,
elle tient le miroir
et peigne ses longs cheveux.

dans la Drôme (26) :
- un trou dans le mur du château de Montelier est désigné comme Fontaine ou Trou de Mélusine. Elle était censée y passer sa queue de serpent.
- un lieu-dit "Mélusin" est signalé à Saint-Christophe-et-le-Laris.

dans l'Ille-et-Vilaine (35) :
- la tour Mélusine du château de Fougères, ainsi qu'une sculpture de l'église Saint-Sulpice, rappellent la présence des Lusignan en ces lieux au XIIIème siècle. C'est Mélusine qui construisit le château. Un jour, alors qu'elle était dans sa tour, le Diable a voulu l'enlever. Mais elle a résisté et le tentateur, en s'enfuyant, a heurté le clocher de Saint-Sulpice qui en est resté tordu. On raconte aussi que Mélusine avait tué son père qui maltraitait sa mère, et qu'en punition, elle a été condamnée à devenir chaque samedi femme serpent. Elle se réfugia alors dans un souterrain du château. Mais, surprise par son mari, elle y fut enfermée, jusqu’au jour où elle s’envola dans un cri.

dans l'Indre (36) :
- Mélusine construit le château d'Issoudun.
- à Mérigny, Mélusine enlève des fillettes qui se promènent seules.

dans l'Isère (38) :
- après s'être enfuie du Poitou, Mélusine se serait réfugiée dans les montagnes de Villards-de-Lans, et se serait installée à Sassenage, dans une grotte du Furon, où l'on pouvait voir sa table de pierre, et la cuve où elle se baignait le samedi. L'histoire se répète là, avec le seigneur de Sassenage qu'elle séduit, avec lequel elle se marie et a un fils, et qui brise l'interdit du samedi : elle disparaît alors à jamais, mais continue à annoncer la mort de ses descendants. Près de la grotte, une fontaine servait à pronostiquer l'importance des moissons et vendanges à venir.

dans le Jura (39) :
- on raconte qu'à
 Dôle, une "Mélusine" à demi-nue assistait à la messe chaque matin dans l'église des Carmes. Deux loups qui l'accompagnaient, l'attendaient à la porte.
- un serpent ailé, nommé "Mélusine" logeait dans la tour de Vadans. Il s'git d'une femme-couleuvre, maudite par les fées et condamnée à revenir tous les sept ans dans son château. Elle devient au bout de cent ans un serpent ailé qui voltige parfois de son château à celui de Vaugrenans, et qui boit l'eau de la Cuisance.

dans la Loire (42) :
Marcilly-le-Châtel était le lieu de résidence du comte de Forez, et Mélusine y a à ce titre séjourné. Une sculpture de l'église la montrait allaitant des serpents.

dans la Loire-Atlantique (44) :
Guérande apparaît deux fois dans l'histoire de Mélusine : Raimondin vient y reconquérir des terres qui appartenaient à sa famille, et Geoffroy la Grand'Dent y combat le géant Gardon (nom dont les consonnes renvoient directement à "Guérande"). On mentionne dans les environs un lieu-dit "Mélusine".
- c'est Mélusine qui apporte le Rocher de la Vache, à Sévérac.

dans la Haute-Marne (52) :
- à Langres, où se situait l'un des antécédents de l'histoire de Mélusine, une Fontaine aux Fées est associée à des craintes légendaires qui impliquent une colombe, une sirène et un dragon.

dans la Meuse (55) :
Ligny-en-Barrois possède un donjon de Mélusine, et elle est réputé avoir séjourné au château, le maréchal de Luxembourg qui est enterré dans l'église étant un de ses descendants.

dans le Morbihan (56) :
- Jean Markale note près de Guénin une légende mettant en scène une serpente ailée qui se lève le matin à l'est pour se coucher le soir à l'ouest, et il signale deux mamelons du Mané-Gwenn formés par les pierres tombées du tablier de la Mère du Diable.
- Mélusine est enterrée auprès de Raimondin, à Sarzeau, dans le couvent des Trinitaires. C'est d'ailleurs elle qui avait édifié ce couvent, ainsi que le château de Suscinio, près de là, qu'elle habitait, et un souterrain reliant les deux lui permettait de se rendre à la messe le dimanche, en carrosse traîné par des boeufs, ou en bateau. Elle est toujours réputée hanter ce souterrain légendaire.

dans la Nièvre (58) :
- le château de Rozemont, à Luthenay, est l'oeuvre inachevée de fées. Une serpente-volante y garde un trésor.

dans la Seine-et-Marne (77) :
- une source, près de Voulangis, sur un terrain qui fut nommé Mélusine", porte le nom de Mare Luisienne. Le Puits de la Lune, près de là, est supposé abriter le "Poisson à tête de femme", que les mères menacent de faire voir à leurs enfants.

dans les Deux-Sèvres (79) :
- Mélusine construit le château de Béceleuf et, depuis sa destruction, elle habite sous le roc Cervelle, d'où elle pousse des cris pour effrayer les voyageurs. C'est en urinant qu'elle engendre une source qui s'écoule vers l'Autize en hiver, ainsi que l'eau qui suinte d'une salle basse du château.
- on pouvait voir au pied de la tour de Châtillon, à Boussais, la fosse où Mélusine se baignait, autrefois désignée comme "la Gourre à Madame".
- c'est une fée, et probablement Mélusine, qui construit l'église de Celles-sur-Belle, à laquelle une pierre manque toujours.
- on note un lieu-dit "Fossé de la Mère Lusine" à Champeaux (Champdeniers). Et la Butte de Saint-Thomas, sur la route de La Lande, est tombée de ladorne de Mélusine.
- l'église de Clussais a été bâtie par Mélusine, en déplaçant les pierres que l'on posait à La Pommeraie pour la construire là. Dans le transport, elle laisse tomber de son tablier la butte de Montails, autrefois nommée "Dornée de la Mélusine".
- Mélusine construit en trois nuits le château Salbart, à Echiré, qui est resté inachevé. Elle en sortait la nuit par la grotte de la Mère Lusine pour se rendre au sabbat.
- Mélusine édifie le château du Coudray-Salbart, à La Fontaine-Braye, en trois nuits au clair de lune,en transportant tours et murailles dans son tablier. On y entend toujours ses cris la nuit.

- Mélusine construit le château de Melle.
- Mélusine construit l'église de Ménigoute, mais doit s'enfuir au chant du coq, laissant le travail inachevé.
- c'est à Mélusine que l'on doit la flèche de Notre-Dame et la forteresse aux deux tours jumelles de Niort.
- Mélusine fait construire le château de Parthenay, et la ville était le fief de la famille des Parthenay-Larchevêque, dont Mélusine était l'ancêtre.

Les ruines des châteaux
de Pouzauges 
et de Tiffauges

Mélusine édifie l'église de Parthenay-le-Vieux, et, surprise par le jour à la fin de la troisième nuit des travaux, elle laisse le travail inachevé. L'empreinte de son cheval reste sur la dernière pierre qu'elle voulait fendre. 
- la butte de Corloux, au sud de Saint-Coutant, est une dornée de Mélusine.
- Mélusine est à l'origine de la tour et de la ville de Saint-Maixent. Et la Butte d'Alaric est une dornée de Mélusine (ou un étron de Gargantua).
- Mélusine construit l'église de Saint-Marc-la-Lande.
- un ancien lieu-dit à Septvret était nommé "le Plan de la Merlusine".
 
- Mélusine bâtit l'ancienne église de Verruyes, dont elle porte chaque nuit les pierres à partir du lieu où l'on avait décidé de la construire. Une fenêtre manque toujours au clocher.
- les Trois Pierres de Vouillé : la Pierre qui Vire, près de l'ancien Chemin des Dames, et les Pierres de Justice, autrefois sur la route de Prahecq, sont tombées de la dorne de Mélusine alors qu'elle bâtissait le château Salbart.
- c'est à Mélusine que l'on doit la voie romaine qui allait de Niort à Parthenay, et qui était connue sous le nom de Fossé de la Mère Lusine. 
- la tour de Melzéard a été bâtie par Mélusine, et elle possédait à sa base une grotte et un puits.

dans la Vendée (85) :
- une légende circulait à La Nouette, sur Saint-Philbert-du-Pont-Charrault, près de Chantonnay, impliquant Mélusine et des fadets. Les pierres dans la rivière, et notamment la Pierre Bouclière, sont tombées de son tablier. Et, au nord de Chantonnay, Mélusine laisse tomber trois pierres de son t
ablier aux Roches Baritaud, et fait du même coup surgir trois sources.

Les sinuosités de Mélusine, sur la Tour Mélusine, 
à Vouvant, 
répondent à celles de la Mère qui coule à ses pieds.

le château de Châteaumur, sur Les Châtelliers-Châteaumur, est dû à Mélusine.
- c'est Mélusine qui aurait construit l'aqueduc de Fontenay-le-Comte
.
- c'est Mélusine qui, en récupérant les pierres de Châtelaillon, édifie l'abbaye de Maillezais, qui sera incendiée par son filsGeoffroy-la-Grand'Dent.

- le château de Mervent fut construit nuitamment par Mélusine, et c'est de celui-ci qu'elle s'envole après la trahison de Raimondin.
- la ville et le château de Pouzauges ont été construits en une nuit par Mélusine, et a été par la suite, comme l'ensemble de l'oeuvre de Mélusine, voués à une lente désagrégation.
- Mélusine déplace l'église de Saint-Paul-en-Pareds.
- Mélusine est à l'origine de la ville de Talmont.
- la forteresse de Tiffauges a été édifiée par Mélusine.
- Mélusine érige, avec "trois dornées de pierre et une goulée d'eau ", les sept tours de Vouvant.
 C'est peut-être de là, et non de Mervent, que Mélusine s'envole.

dans la Vienne (86) :
- la Tour Granne, à Béruges, a été édifiée par Mélusine, et c'est au nom de celle-ci que saint Louis aurait renoncé à la détruire.
- l'abbaye de Valence, dans une boucle de la Dive, à Couhé, fut bâtie en une nuit par Mélusine. Ce faisant, elle laisse tomber de sa dorne le tas de pierre de la Grand'Roche.
- à Jazeneuil, un Rocher aux Fées est sans doute à rattacher au personnage de Mélusine.
- un serpent volant est signalé dans les souterrains du château de la Ferrandière, à Jouhet (http://www.medievact.com).
- c'est sur le site de Lusignan, à la Fontaine de Sé (Font-de-Cé), au sein de la forêt de Coulombiers, que Mélusine apparaît à Raimondin, et ce fut la première ville fondée par elle, la première place-forte dont elle assure l'édification. Elle creuse de là, d'un coup de pied, un souterrain qui va jusqu'aux arènes de Poitiers, et le Terrier du Puisais est alors formé lorsque de la terre s'est échappée d'un trou de sa dorne. C'est également elle qui construit l'église Notre-Dame. On désigne les habitants de Lusignan sous le nom de "Mélusins".
- Mélusine bâtit le château de Mirebeau
- Mélusine construit le château de Montreuil-Bonnin.
- c'est Mélusine qui construit les arènes de Poitiers, et qui, à partir de là creuse des souterrains les reliant à Lusignan et à Jazeneuil. Elle est également à l'origine de l'aqueduc proenant de Fleury.
 Dans ces travaux, elle laisse tomber le dolmen de la Pierre Levée, à Montbernage. - une tour à Marmande (Vellèches) possédait 365 marches. Mélusine en montait une chaque nuit, pour s'envoler à la fin de l'année, et recommencer son escalade.
- Mélusine s'opposant à sa construction, le château de Vouillé était déjà en ruines avant d'être achevé.

dans les Vosges (88) :
- c'est Mélusine qui fonde Lusse, près duquel on trouve des lieux-dits Haute et Basse Merlusse. Et Merlusse apparaît au haut de la tour de Warde de Wissembourg.
- on évoquait, aux environs de Saint-Dié, une Merlusine, fée à queue de poisson, qui figure sur un chapiteau de la cathédrale.

dans l'Yonne (89) :
- Mélusine habite le château de Maulnes, près d'Arthonnay. Elle enlève les enfants et terrorise les environs. Les villageois se sont un jour révoltés contre elle, mais elle a incendié le village avant de se jeter au fonds d'un puits en criant, ce qui ne l'empêche pas de continuer à hanter les lieux. Les enfants ajoutaient à un tas désigné sous le nom de "tombeau de Mélusine", à Maison Rouge en invectivant : "Tiens, voilà pour Mélusine !"
- un lieu-dit Méluzien a été noté en face de granges de Vèvre, près d'Avallon.

 


* dorne : le tablier, dans les régions de l'Ouest. Comme le remarque G.-E. Pillard, il ne s'agit pourtant par du simple "devantiau" de la femme, mais de "la partie du corps comprise entre la ceinture et les genoux de la femme assise", autrement dit le giron maternel, le "creuset où s'élabore la vie"..

 



14/06/2015

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